Mercredi 24 mars 2010 3 24 /03 /Mars /2010 23:13

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Tracks : J’écume ; Volutes ; Happe ; Well All Right ; Les Grands Voyageurs ; Blue Eyes Crying in the Rain ; Osez Joséphine ; Kalabougie ; She Belongs To Me ; Madame Rêve ; Nights in White Satin

 

Quelque part le rock n’a jamais été vraiment une affaire française. Les fondateurs sont américains, puis anglais. Les « grands » groupes ou artistes de rock français sont assez rares. Certains comme Gainsbourg ont plus un état d’esprit rock qu’une réelle approche constante de la musique rock (même si parfois Gainsbourg a fait du rock). Cependant, il y a un artiste majeur de la chanson française qui n’a jamais renié son attachement viscéral au rock : Alain Bashung. L’élément déclencheur pour lui a été le rock des pionniers, Gene Vincent, Elvis Presley, ou Buddy Holly, dont il fera son modèle. Pourtant lorsqu’il débute sa carrière en 1977, le monde du rock vibre au son du punk, venu d’Angleterre. Il amasse quelques succès durant les années 80 avec quelques singles devenus mythiques (Gaby, Oh Gaby, Vertiges de l’amour), et collabore même avec Gainsbourg (sur Play Blessures). Mais il manque encore quelque chose à Bashung : un album qui entrera définitivement dans la légende. Et pour ça, la France ne l’inspire pas assez. Le voyage… Après tout, le rock est né dans les grands espaces américains. Du Memphis de Presley au Minnesota de Dylan en passant par le Nashville de Johnny Cash, Bashung veut voyager, en toute liberté, et nous inviter à la rêverie, poétique et libertine. Pari réussi avec Osez Joséphine ?

 

J’écume nous emmène au large, abandonnés aux flots de notes de la superbe guitare électrique. On croise « au large des barges qui se gondolent dans le roulis », pour un titre qui nous emmène assez vite dans un univers plus érotique « je veux être le dernier à m’éterniser sur ton corps alangui »… La voix se fait sensuelle et grave, et la guitare semble réellement dialoguer avec Bashung. Une intro électrique et électrisante de toute beauté…

 

Après la guitare électrique de J’écume, place à la guitare sèche pour Volutes. Après l’ambiance marine du titre d’ouverture, ce morceau semble nous emmener au loin, parcourant depuis le ciel de grands espaces. Le rythme typiquement country du titre n’y est pas étranger, et même le discret harmonica semble évoquer les grands espaces… « Je cloue des clous sur des nuages, sans échafaudage » nous dit Bashung, et on ne peut que se dire que l’homme sait nous faire voyager et planer avec grâce…

 

Et après être arrivé par la mer et avoir exploré le ciel, on continue de voyager avec Happe. La musique semble m’évoquer à nouveau les grands espaces, même si le texte semble évoquer une histoire d’amour passée… Evoquer la mélancolie avec autant de grâce et de classe est un art, et on ne peut que vibrer à l’écoute de ce titre…

 

Well All Right est la première des quatre reprises que compte l’album. L’Amérique semble hanter le début de l’album, et l’impression est renforcée par cette reprise de Buddy Holly, dont Bashung est fan. Le rythme se fait assez country à nouveau, pour un tire sympathique, même si assez bref (2 min 06).

Le blues impose sa marque sur Les grands voyageurs. Bien sur il y a l’harmonica, et ce texte plein de sous entendus « les grand voyageurs se posent sur le ventre d’une âme sœur ». Et bien sur il y’a ce rythme typique, cette vibration unique du morceau et une guitare électrique qui semble hantée par l’esprit des plus grands bluesmen. Et que dire de Bashung, qui semble réellement possédé par le morceau ? Viscéralement magique.

 

Eyes Crying in the Rain renoue avec l’anglais pour une nouvelle reprise, de Fred Rose cette fois-ci. L’ambiance est clairement country ici, et cette reprise douce et délicate semble nous emmener au coin du feu, sous la nuit étoilée au milieu des grandes plaines américaines…

 

Osez Joséphine est le hit de l’album, un des titres les plus célèbres de Bashung (servi par un clip de toute beauté). Ce morceau possède à nouveau un thème érotique fort, et on se laisse prendre au jeu, chantant à l’envie Osez Joséphine.

 

Kalabougie est peut-être un des titres les plus faibles de l’album pour moi (surement le plus faible d’ailleurs), car même si j’aime bien l’accordéon et à la guitare, j’aime un peu moins l’ambiance générale du titre. Pourtant ça m’évoque encore le voyage, mais quelque chose me manque ici. Dommage.

 

Voilà pour moi la meilleure des quatre reprises que compte l’album: She Belongs To Me. Il s’agit en effet d’un titre de Bob Dylan, issu de Bringing It All Back Home, son célèbre album de 1965. En fait pour être plus précis, il s’agit d’un morceau issu de la face A de cet album, la face électrique de ce premier album rock qui a tant révolté à son époque. Et Bashung en fait ici une reprise assez différente, un peu plus blues, mais qui est servie par une guitare électrique de toute beauté. D plus sa voix colle étrangement bien au morceau (elle est pourtant loin de celle de Dylan), et lorsque l’harmonica et la guitare jouent ensemble, c’est un vrai régal qui nous transporte bien loin, du coté du Minnesota ou d’une petite maison du coté de Woodstock…

 

Madame Rêve nous emmène dans une autre sorte de voyage, intime cette fois. L’érotisme du titre est en effet flagrant et délicat car « Madame rêve d'atomiseurs/Et de cylindres si longs/Qu'ils sont les seuls/Qui la remplissent de bonheur ». L’ambiance est nettement différente des autres titres de l’album, préfigurant le futur de Bashung, avec beaucoup d’arrangement de cordes qui viennent remplacer la guitare électrique. C’est un peu différent, mais l’ambiance voluptueuse, à la fois sombre et empreinte de tension est sublime de maitrise et de classe. Une poésie de gentleman pour parler des rêves « d'apesanteur/Des heures des heures/De voltige à plusieurs »… Un des meilleurs titres de l‘album avec les grands voyageurs pour moi.

 

Ambiance tout aussi intimiste pour (déjà !) conclure l’album avec la reprise de Moddy Blues, Night in White Satin. Dépouillement et émotion au programme, pour ce délicat titre de conclusion à l’image de l’album. Sombre et aérien, plein d’une poésie à la fois grandiose et intimiste.

Car à mes yeux, il y a peu d’albums de « rock » français pouvant rivaliser avec cet Osez Joséphine (et il tient tête à beaucoup de groupes anglophones). L’histoire de Melody Nelson de Gainsbourg ( Serge Gainsbourg - Histoire de Melody Nelson (1971) ), les albums de Noir Désir qui semblent puiser aux mêmes sources ( Noir Désir - 666.667 Club (1996) ) semblent être pour moi les seuls à jouer dans la même cour (j’occulte personnellement ma subjectivité très profonde sur Indochine dont je suis très fan). De la grande classe, une allure de poète électrique amateur de voyages et de femmes qui nous berce entre l’évocation des paysages et des corps, il en faut moins pour faire une légende. Celle de Bashung ne faisait que commencer avec cet Osez Joséphine, que Rolling Stone a récemment élu plus grand album de rock français. On peut difficilement contester malgré l’évidente subjectivité de la chose…

 

18/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)

 

Moi-même.

Publié dans : Francophone
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