Tracks : Princess & The Frog ; Big Hunk O' Love ; Rock' n' Roll Psychosis ; Fish 2 Fry ; 512 ; Another Daze ; The Meat Man ; Make It Hot ; Who's Got Mine ? ; Cement Mixer
Lorsque Jim Jones et Ruppert Orton se rencontrent dans le milieu des années 2000, ils ont déjà, chacun de leur coté parcouru un sacré bout de chemin dans le monde la musique. Jones, alors membre de Black Moses, a connu quelques heures de gloire (modérée) avec Thee Hypnotics dans les années 90. Ruppert a quant à lui géré un label. Pourtant leurs gouts communs ont de quoi surprendre. Fans des Stooges, du MC5, de Chuck Berry et de Little Richard, ils décident de former un groupe, qui prendra le nom de Jim Jones. The Jim Jones Revue. Le duo sera par la suite rejoint par le pianiste Elliot Mortimer, le bassiste Gavin Jay et le batteur Nick Jones, permettant au groupe de partir à l'assaut des scènes d'Europe. Après avoir publié le single Rock'n'roll Psychosis/Big Hunk O' Love, le groupe décide d'entrer rapidement en studio, environ un an après sa formation, pour graver son premier album. Intitulé fort justement The Jim Jones Revue, ce premier album, publié sur le label Punk Rock Blues permet-il à la troupe de Jim Jones de remettre au goût du jour les vieilles recettes qu'elle affectionne tant ?
C'est un croassement de grenouille qui nous accueille... Princess & The Frog. De quoi surprendre. Mais très vite, la Revue charge, sabre au clair. Les guitares et le piano déboulent à toute vitesse, fulgurants, saturés au maximum et lourds. C'est peut-être cette alliance entre un piano enflammé directement hérité des années 50 (Little Richard ; Jerry Lee Lewis) et ce son si saturé et sale directement hérité des années 60 (The Sonics ; The Stooges ; MC5) qui surprend. Et séduit d'emblée. La voix de Jim Jones, puissante et sexuelle est elle aussi saturée, donnant un charisme vocal immédiat au leader du groupe. Et ce premier morceau est un classique instantané. Le meilleur morceau de la galette, et pour le moment, de la discographie du groupe.
Une entrée en scène fulgurante, qui se poursuit avec une reprise de Little Richard, Hey Hey Hey Hey. Le groupe aime citer et retravailler ses influences des années
50 et c'est chose faite sur cette superbe reprise. Little Richard était un des rockeurs les plus subversifs des années 50. La revue de Jim Jones parvient à garder cet aspect fou furieux (la rage
du chant Jim sur le refrain est énorme), tout en transfigurant le morceau grâce à son énergie et au son de rouleau compresseur des guitares. Là encore, c'est très impressionnant.
Les coups de butoir de la batterie de Rock n roll Psychosis, associés au transitions de piano poursuivent cette charge implacable qu'est le début de l'album. C'est bien simple, sur ces trois premiers morceaux (les meilleurs de la galette), le groupe ressemble à une locomotive lancée à pleine vapeur. Le rythme est implacable, le son surpuissant et sale, et la rage émane de la voix de Jim. Trois classiques instantanés. Les choses se calment néanmoins un peu avec Fish 2 Fry, morceau à la mélodie très rock n' roll fifties et au son très sale, très garage, qui est surtout attrayant pour son ambiance. Idem pour 512 qui conclut la face A, qui là encore bénéficie de la production très particulière du disque, mais qui n'est sinon pas spécialement indispensable (sans être un mauvais morceau).
Malheureusement, l'impression que dégage 512 peut aussi s'appliquer à l'ensemble de la face B, lancée par le lourd boogie saturé Another Daze. Le morceau est plutôt
agréable mais peine un peu à trouver l'équilibre entre l'ambiance un peu sexuelle et le son garage. The Meat Man est un peu plus convainquant, sans être du niveau des quatre premiers morceaux
d'ouverture, ou des classiques qui viendront sur l'album suivant comme Elemental, Shoot First ou Burning Your House Down. Make It Hot est peut-être le titre le plus marquant de cette face B avec
le final Cement Mixer. C'est notamment le bégaiement de Jones qui fait la force de ce titre, prouvant que le leader du groupe n'est pas qu'un magnifique hurleur et a plus d'une corde à son arc.
Who's Got Mine est par contre un morceau assez banal, même s'il reste sympathique. Là encore, l'énergie du groupe et la production unique de ce premier album font le charme du morceau.
Le disque se conclut avec le meilleur et le plus atypique morceau de la face B, Cement Mixer. Contrairement au reste du disque très rock n'roll et garage, le groupe choisit ici de donner un feeling plus boogie/blues au morceau, avec notamment le soutien d'un orgue et une lourdeur des guitares très impressionnante. Cement Mixer est le morceau le plus sexuel du disque, parvenant à créer l'atmosphère violente et prenante qu'Another Daze ne parvenait pas à trouver en début de face B. Les hurlements de Jones, l'orgue (qui devrait s'inviter plus souvent dans les compositions du groupe), la rythmique et le son plombé des guitares font de ce morceau un classique. Tout comme Princess & The Frog, Hey Hey Hey Hey et Rock'n'Roll Psychosis.
Le groupe prouve donc avec ce carré de morceaux qu'il faut dorénavant compter sur lui. Puissante, subversive, cette revue parvient à synthétiser avec bonheur Little Richard, Elvis, les Stooges et le MC5, pour donner quelque chose de neuf. En 2008. L'exploit est énorme. Malheureusement, le groupe ne parvient pas à graver avec ce premier album un disque rempli de classiques de bout en bout. Seuls quatre morceaux sont vraiment exceptionnels. Le reste est toujours bon. Mais pas à la hauteur de ces classiques. Reste une énergie et une hargne assez inégalées ces dernières années, et une production sale et saturée (tout sature sur le disque, des guitares au piano en passant par la voix) qui fait une bonne partie du charme de ce premier album. Le suivant (The Jim Jones Revue - Burning Your House Down (2010)) sera un peu moins sale et violent, mais sera meilleur. La compilation de singles que le groupe publiera un an après (The Jim Jones Revue - Here To Save Your Soul (2009)) est le meilleur disque studio enregistré par The Jim Jones Revue, ne gardant que le meilleur, les singles publiés par le groupe, dont Princess & The Frog, Rock'n'Roll Psychosis, Cement Mixer et Elemental et Burning Your House Down, qui iront garnir le deuxième album du groupe. Néanmoins, s'il est préférable de commencer par cette compilation de singles pour découvrir le groupe, ce premier album a de quoi ravir tous les amateurs de rock n'roll primaire, subversif et puissant. Et il a surtout permis au groupe de partir enflammer toutes les scènes d'Europe, car sur scène qu'ils sont (encore pour le moment) les meilleurs.
13,5/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non
pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
Moi-même.
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