Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 16:26

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/8/4/5060051618482.jpg

 

Tracks : Princess & The Frog ; Big Hunk O' Love ; Rock' n' Roll Psychosis ; Fish 2 Fry ; 512 ; Another Daze ; The Meat Man ; Make It Hot ; Who's Got Mine ? ; Cement Mixer

 

Lorsque Jim Jones et Ruppert Orton se rencontrent dans le milieu des années 2000, ils ont déjà, chacun de leur coté parcouru un sacré bout de chemin dans le monde la musique. Jones, alors membre de Black Moses, a connu quelques heures de gloire (modérée) avec Thee Hypnotics dans les années 90. Ruppert a quant à lui géré un label. Pourtant leurs gouts communs ont de quoi surprendre. Fans des Stooges, du MC5, de Chuck Berry et de Little Richard, ils décident de former un groupe, qui prendra le nom de Jim Jones. The Jim Jones Revue. Le duo sera par la suite rejoint par le pianiste Elliot Mortimer, le bassiste Gavin Jay et le batteur Nick Jones, permettant au groupe de partir à l'assaut des scènes d'Europe. Après avoir publié le single Rock'n'roll Psychosis/Big Hunk O' Love, le groupe décide d'entrer rapidement en studio, environ un an après sa formation, pour graver son premier album. Intitulé fort justement The Jim Jones Revue, ce premier album, publié sur le label Punk Rock Blues permet-il à la troupe de Jim Jones de remettre au goût du jour les vieilles recettes qu'elle affectionne tant ?

 

C'est un croassement de grenouille qui nous accueille... Princess & The Frog. De quoi surprendre. Mais très vite, la Revue charge, sabre au clair. Les guitares et le piano déboulent à toute vitesse, fulgurants, saturés au maximum et lourds. C'est peut-être cette alliance entre un piano enflammé directement hérité des années 50 (Little Richard ; Jerry Lee Lewis) et ce son si saturé et sale directement hérité des années 60 (The Sonics ; The Stooges ; MC5) qui surprend. Et séduit d'emblée. La voix de Jim Jones, puissante et sexuelle est elle aussi saturée, donnant un charisme vocal immédiat au leader du groupe. Et ce premier morceau est un classique instantané. Le meilleur morceau de la galette, et pour le moment, de la discographie du groupe.

 

Une entrée en scène fulgurante, qui se poursuit avec une reprise de Little Richard, Hey Hey Hey Hey. Le groupe aime citer et retravailler ses influences des années 50 et c'est chose faite sur cette superbe reprise. Little Richard était un des rockeurs les plus subversifs des années 50. La revue de Jim Jones parvient à garder cet aspect fou furieux (la rage du chant Jim sur le refrain est énorme), tout en transfigurant le morceau grâce à son énergie et au son de rouleau compresseur des guitares. Là encore, c'est très impressionnant.

Les coups de butoir de la batterie de Rock n roll Psychosis, associés au transitions de piano poursuivent cette charge implacable qu'est le début de l'album. C'est bien simple, sur ces trois premiers morceaux (les meilleurs de la galette), le groupe ressemble à une locomotive lancée à pleine vapeur. Le rythme est implacable, le son surpuissant et sale, et la rage émane de la voix de Jim. Trois classiques instantanés. Les choses se calment néanmoins un peu avec Fish 2 Fry, morceau à la mélodie très rock n' roll fifties et au son très sale, très garage, qui est surtout attrayant pour son ambiance. Idem pour 512 qui conclut la face A, qui là encore bénéficie de la production très particulière du disque, mais qui n'est sinon pas spécialement indispensable (sans être un mauvais morceau).

 

Malheureusement, l'impression que dégage 512 peut aussi s'appliquer à l'ensemble de la face B, lancée par le lourd boogie saturé Another Daze. Le morceau est plutôt agréable mais peine un peu à trouver l'équilibre entre l'ambiance un peu sexuelle et le son garage. The Meat Man est un peu plus convainquant, sans être du niveau des quatre premiers morceaux d'ouverture, ou des classiques qui viendront sur l'album suivant comme Elemental, Shoot First ou Burning Your House Down. Make It Hot est peut-être le titre le plus marquant de cette face B avec le final Cement Mixer. C'est notamment le bégaiement de Jones qui fait la force de ce titre, prouvant que le leader du groupe n'est pas qu'un magnifique hurleur et a plus d'une corde à son arc. Who's Got Mine est par contre un morceau assez banal, même s'il reste sympathique. Là encore, l'énergie du groupe et la production unique de ce premier album font le charme du morceau.

 

Le disque se conclut avec le meilleur et le plus atypique morceau de la face B, Cement Mixer. Contrairement au reste du disque très rock n'roll et garage, le groupe choisit ici de donner un feeling plus boogie/blues au morceau, avec notamment le soutien d'un orgue et une lourdeur des guitares très impressionnante. Cement Mixer est le morceau le plus sexuel du disque, parvenant à créer l'atmosphère violente et prenante qu'Another Daze ne parvenait pas à trouver en début de face B. Les hurlements de Jones, l'orgue (qui devrait s'inviter plus souvent dans les compositions du groupe), la rythmique et le son plombé des guitares font de ce morceau un classique. Tout comme Princess & The Frog, Hey Hey Hey Hey et Rock'n'Roll Psychosis.

 

Le groupe prouve donc avec ce carré de morceaux qu'il faut dorénavant compter sur lui. Puissante, subversive, cette revue parvient à synthétiser avec bonheur Little Richard, Elvis, les Stooges et le MC5, pour donner quelque chose de neuf. En 2008. L'exploit est énorme. Malheureusement, le groupe ne parvient pas à graver avec ce premier album un disque rempli de classiques de bout en bout. Seuls quatre morceaux sont vraiment exceptionnels. Le reste est toujours bon. Mais pas à la hauteur de ces classiques. Reste une énergie et une hargne assez inégalées ces dernières années, et une production sale et saturée (tout sature sur le disque, des guitares au piano en passant par la voix) qui fait une bonne partie du charme de ce premier album. Le suivant (The Jim Jones Revue - Burning Your House Down (2010)) sera un peu moins sale et violent, mais sera meilleur. La compilation de singles que le groupe publiera un an après (The Jim Jones Revue - Here To Save Your Soul (2009)) est le meilleur disque studio enregistré par The Jim Jones Revue, ne gardant que le meilleur, les singles publiés par le groupe, dont Princess & The Frog, Rock'n'Roll Psychosis, Cement Mixer et Elemental et Burning Your House Down, qui iront garnir le deuxième album du groupe. Néanmoins, s'il est préférable de commencer par cette compilation de singles pour découvrir le groupe, ce premier album a de quoi ravir tous les amateurs de rock n'roll primaire, subversif et puissant. Et il a surtout permis au groupe de partir enflammer toutes les scènes d'Europe, car sur scène qu'ils sont (encore pour le moment) les meilleurs.

 

13,5/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

Par Moi-même - Publié dans : Blues ; Blues Rock ; Rock n' Roll
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 12:18

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/4/42/Sigur-ros-inni.jpg

 

Tracks : Svefn-g-englar ; Glósóli ; Ný batterí ; Fljótavík ; Við spilum endalaust ; Hoppípolla ; Með blóðnasir ; Inní mér syngur vitleysingur ; E-bow ; Sæglópur ; Festival ; Hafsól ; All alright ; Popplagið ; Lúppulagið

 

L'histoire commence en aout 1994 à Reykjavik. Trois jeunes hommes décident de former un groupe de rock. Il s'agit de Jón Þór Birgisson à la guitare et au chant, Georg Hólm à la basse et d'Ágúst Ævar Gunnarsson à la batterie. Le trio prit le nom de Sigur Rós. Londres, 20 et 21 novembre 2008. La route a été longue entre cet été 1994 à Reykjavik et la scène de l'Alexandra Palace. Pourtant entre 1994 et 1999, personne n'aurait parié sur Sigur Rós. Leur premier album, Von, paru en 1997, n'a été vendu qu'à quelques centaines d'exemplaires en Islande. Sigur Rós - Ágætis byrjun (1999) va tout changer, apportant le succès international, les tournées avec Radiohead, les B.O. de films Hollywoodiens comme Vanilla Sky. Sigur Rós, rejoint par le claviériste Kjartan Sveinsson et le batteur Orri Páll Dýrasonau cours de l'année 1999va devenir un des plus grands et des plus intéressants groupes de post-rock au monde. Pourtant lorsque le groupe monte sur scène le 20 et 21 novembre 2008, pour la tournée de l'album Sigur Rós - Með suð í eyrum við spilum endalaust (2008), son avenir est incertain. Ces deux dates sont les deux dernières à l'étranger, avant le retour du quatuor en Islande pour un dernier concert à Reykjavik. Après ça, chacun veut partir dans sa propre direction, s'occuper de sa famille ou vaquer à des projets solos. Jónsi a-t-il déjà en tête les chansons du disque qu'il va enregistrer avec son compagnon Alex Sommers (Jónsi & Alex - Riceboy Sleeps (2009)) ou les morceaux de son propre futur album solo lorsqu'il monte sur scène ce soir du 20 novembre? Possible. Le groupe est à la veille d'une pause dans son activité qui va durer presque quatre ans. Peut-être même songeaient-ils à se séparer définitivement. C'est pourquoi il fallait laisser une trace d'une performance live de Sigur Rós. Deux ans plus tôt, le groupe avait tourné sur son ile natale un film, Heima, qui signifie « à la maison » en islandais. Ils y livraient de superbes prestations acoustiques de leurs chansonsdans des lieux insolites d'Islande. Le film met l'accent sur la magnificence des paysages et la beauté des chansons du quatuor en acoustique, accentuant le lien qui existe entre les deux. Quelques uns de ces morceaux ont d'ailleurs été gravés sur le double album Hwarf/Heim, paru en 2007. Mais il manquait à la discographie du groupe un véritable album live, pouvant retranscrire une performance normale de Sigur Rós sur scène. Le groupe a donc l'idée d'enregistrer ses performances du 20 et 21 novembre 2008, à Londres, pour en faire un nouveau film et un disque live. En résulte Inni, qui paraît en 2011 après trois longues années d'attente.

 

Inni signifie « A l'intérieur » en islandais. Comme une sorte de contrepoids absolu à Heima. Si Heima mettait en scène Sigur Rós dans les sublimes et torturés paysages islandais, Inni met en scène le groupe, et uniquement le groupe, sur une scène anglaise. Le film, à l'opposé des superbes images d'Heima, est en noir et blanc. Dans une esthétique volontairement floue et donnant une image vieillie, centrée uniquement sur les membres du groupe. Le son des deux prestations enregistrées sur Inni est aussi à l'opposé des performances d'Heima. Là où le groupe avait choisi de jouer en acoustique pour Heima, il joue ses titres dans une version très électrique sur Inni. C'est d'ailleurs Svefn-g-englar, un des meilleurs morceaux de leur répertoire qui ouvre le concert. La version est ici particulièrement électrique et rugueuse, car l'absence de production fait ressortir le son très particulier de la guitare électrique frottée par l'archet de Jónsi. Les claviers (et notamment le fameux son de sonar rappelant Echoes de Pink Floyd) sont extrêmement envoutants et nous emmènent directement dans un univers onirique... Pouvait-on imaginer plus belle introduction? Probablement pas, surtout que le groupe enchaine sur Glósóli, autre longue plage qui servait d'introduction à Takk... et à Heima. Même si le morceau est moins bon que Svefn-g-englar, sa lente montée d'émotion achève définitivement de nous envouter et de nous emmener dans le loin voyage planant et électrique que sont ces shows de l'Astoria Palace. Et lorsque surgissent les larsens menaçants de la guitare du terrible Ný batterí, on se dit que Sigur Rós n'est pas qu'un envoutant et magnifique groupe de studio. Ces quatre là forment aussi un formidable groupe de scène, qui sur ce classique issu de leur deuxième album est capable de maitriser la foudre pour créer une tension et une émotion palpables... Dommage malheureusement qu'ils ne jouent que deux titres d'Ágætis byrjun durant le concert. La performance vocale de Jónsi est ici absolument hallucinante d'intensité et les orgues austères instaurent une ambiance extrêmement prenante...

 

La suite du concert est néanmoins un peu plus joyeuse, notamment avec trois morceaux issus de Með suð í eyrum við spilum endalaust (Fljótavík ; Við spilum endalaust et son rythme guilleret et l'époustouflant Inní mér syngur vitleysingur au piano enchanteur) et le très touchant et joyeux Hoppípolla issu de Takk... sur lequel Jónsi livre une prestation vocale absolument hallucinante d'émotivité. Tous ces morceaux sont plus courts que les trois premiers, plus joyeux, mais n'en demeurent pas moins très jolis et plaisants. Un bon reflet du virage moins solennel que Sigur Rós avait pris sur leur dernier album en date. Pourtant c'est le glacial et ténébreux E-Bow, sixième piste originellement sans nom de Sigur Rós - () (2002), qui vient conclure le premier disque d'Inni. Je ne vais pas m'en plaindre, tant je trouve la beauté glaciale et ténébreuse de ce morceau absolument fascinante. Le grondement caverneux et hypnotique qui se dégage de la guitare et des claviers est absolument grandiose et le caractère très électrique et brut du live rend le titre tout aussi impressionnant qu'en studio... C'est bien simple, c'est un des meilleurs moments du concert.

 

Pourtant le deuxième disque ne faiblit pas vraiment avec Sæglópur (issu de Takk...), et surtout avec Festival, qui offre là encore (décidément c'est habituel sur Inni) une performance vocale absolument hallucinante de Jónsi et une interprétation instrumentale particulièrement prenante. Le crescendo final du morceau est un pur bonheur, et c'est probablement pour ça que Festival a été choisi comme premier extrait pour présenter Inni avant sa sortie. Le groupe profite d'ailleurs de ce moment de grâce pour nous livrer ensuite Hafsól, une chanson issue de leur premier album Von. Même si ça fait plaisir d'entendre ce morceau qu'on n'a pas forcément l'habitude d'entendre (surtout que Von n'est pas l'album de Sigur Rós que j'écoute le plus), je dois néanmoins reconnaître qu'il ne s'agit pas du morceau le plus indispensable du live. Tout comme le morceau suivant All alright qui vaut surtout pour le chant très doux et triste de Jónsi. Heureusement le groupe a gardé du très lourd avec Popplagið, morceau qui vient toujours conclure leurs concerts depuis 2002 (et qui conclut l'album () et le film Heima). Long morceau de quinze minutes, Popplagið est un des seuls morceaux du groupe qui après un long crescendo très doux, finit par totalement exploser. Toute l'émotion et la tension accumulées durant le concert trouvent ici leur aboutissement dans une transe salvatrice, sous les coups de butoir de la batterie, le rythme implacable de la basse et les explosions de guitares à la fois destructrices et salvatrices...

 

Le groupe cependant ne s'arrête pas là et nous livre une petite surprise avec la dernière chanson, Lúppulagið. Il ne s'agit en effet pas d'un morceau joué durant les deux concerts, mais d'un instrumental inédit, joué en studio. Le piano qui mène la chanson est très délicat et doux, et si ce n'est clairement pas un chef d'œuvre, on prend plaisir à écouter cette petite pépite que le groupe a placé là pour les heureux possesseurs d'Inni.

 

Néanmoins, Inni n'a pas besoin de ce petit inédit final pour être rigoureusement indispensable, car ce live de Sigur Rós est impressionnant d'intensité et de puissance. Le groupe est ici très en forme, que ce soient les instrumentistes ou Jónsi dont le chant est d'une élégance et d'une émotion impressionnantes. Les morceaux sont ici interprétés à la perfection, sous un jour plus rugueux et électrique qu'on ne connait pas forcément dans le travail studio du groupe. Le seul reproche qu'on peut adresser à Inni concerne probablement la setlist. On retrouve en effet ici une majorité de morceaux provenant de Takk... et de Með suð í eyrum við spilum endalaust et finalement seulement deux morceaux d'Ágætis byrjun et de (). J'aurai aimé avoir certains morceaux comme Starálfur, Ágætis byrjun, Vaka ou Álafoss. De même, l'absence de Gobbledigook, superbe et joyeux titre qui ouvre Með suð í eyrum við spilum endalaust se fait cruellement sentir. Apparemment le morceau a bien été joué, mais un souci technique a eu lieu lors de son enregistrement, l'empêchant d'être mis sur ce live. De même je regrette l'absence de la solennelle et superbe Ára bátur, une des plus belles compositions des islandais à mon goût. En outre on peut se dire que le film n'est pas rigoureusement indispensable, tant le traitement de l'image est plaisant au début, mais devient assez vite lassant. Mais malgré ces petits reproches, ne vous y trompez pas. Inni est un live de très grande qualité, qui montre que les islandais de Sigur Rós sont aussi indispensables sur scène qu'en studio.

 

16/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

 

Par Moi-même - Publié dans : Post-Rock ; Ambient
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 21:07

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/5/59/Tom_Waits-Closing_Time.jpg

 

Tracks : Ol' 55; I Hope That I Don't Fall In Love With You ; Virginia Avenue ; Old Shoes (& Pictures Postcards) ; Midnight Lullaby ; Martha ; Rosie ; Lonely ; Ice Cream Man ; Little Trip To Heaven (On The Wings Of Your Love) ; Grapefruit Moon ; Closing Time

 

La nuit est noire sur Los Angeles. Mais la ville des anges, comme toutes les grandes cités du monde, ne dort pas vraiment. A la porte du Troubadour, un des nombreux bars à concerts de la ville, un homme vient changer l'écriteau. Closed. C'est l'heure de la fermeture. Une heure où il est trop tard pour parler de soir. Une heure où il est trop tôt pour parler de matin. Le cœur de la nuit. A l'intérieur du Troubadour, un homme est accroché au piano. Il est jeune. La vingtaine. Il arbore une casquette comme celle de Dylan sur la pochette de son premier album, ou comme celles qu'affectionnait Woody Guthrie. Une bouteille de whisky est posée à proximité. A moitié pleine ou à moitié vide, c'est selon. Un paquet de cigarettes désespérément vide git à coté. Dans le cendrier, le nombre de mégots témoigne de la longueur de la soirée. A portée de main se trouve aussi un exemplaire d'un livre de Kerouac -peut-être Sur la route- de Cassady ou de Bukowski. Anachronisme en une heure où la chronologie ne compte plus vraiment. Car en 1973 à Los Angeles, la mode n'est plus depuis longtemps aux poètes de la Beat Generation et aux musiciens de jaaz. L'heure n'est même plus vraiment au psychédélisme. L'air du temps est résolument décontracté, cool. Dicté par quelques musiciens vivant à Laurel Canyon comme Crosby, Stills, Nash & Young, les Eagles, Tim Buckley ou Joni Mitchell. Après les années folles du psychédélisme, les festivals géants et la drogue, la mode semble être revenue au folk décontracté et mélodieux. Guitare acoustique en bandoulière, chemise au vent et rail de cocaïne. La seule exception notable semble être Frank Zappa, qui n'a jamais vraiment eu cure des modes. Mais l'homme qui est assis au piano du Troubadour partage de nombreux points communs avec Zappa. A tel point qu'ils tourneront ensemble d'ailleurs. Mais là où Zappa, malgré toutes ses excentricités, est résolument rock, Thomas Alan Waits, devenu sur scène Tom Waits, n'est pas du tout rock. Ça, ça sera pour plus tard, dans une autre vie. En 1973, le jeune Tom semble s'abreuver uniquement de poésie et de jazz. Et bien que signé chez Asylum, label de Zappa, de Beefheart ou des Eagles, il n'envisage alors sa musique qu'à travers le prisme du piano, de la contrebasse, de la guitare acoustique et de quelques cuivres. Et c'est avec cette expérience de jazzman de bar, féru de poésie beat, anachronique avant même d'avoir commencé sa carrière, qu'il publie en 1973 son premier album Closing Time. Pourtant, à cette époque la cote ouest des États-Unis ne manque pas de bons songwriters. Closing Time permet-il au jeune Tom Waits de sortir du lot?

 

Ballades jazz romantiques. Pour quiconque connait l'œuvre de Tom Waits par ses albums les plus récents, leur ambiance de foire déglinguée, les percussions omniprésentes, les guitares électriques blues et les hurlements de loup garou du maitre, Closing Time et ses douces chansons d'introduction Ol'55 et I Hope That I Don't Fall In Love With You surprend. Désarçonne. Clairement à l'écoute de Closing Time, on n'a pas affaire au même personnage que dans l'après Swordfishtrombones. Ici, la batterie (seule percussion) se fait discrète et forme avec la contrebasse un tandem rythmique léger et agréable qui vient appuyer un piano omniprésent. La voix de Tom est incroyablement juvénile. Il faut dire que le lent -mais certain- travail/supplice qu'il lui fait subir grâce à la sainte trinité whisky/cigarettes/insomnies n'en est à l'époque qu'à son commencement. Mais étrangement, si cette voix n'est pas l'attraction principale de Closing Time, les deux titres d'ouverture son beaux et charmants. I Hope I Don't Falling In Love With You notamment est assurément un morceau très touchant, la confession d'un chagrin d'amour qui devient sous les doigts et la voix de Tom une ballade déchirante au piano. La première d'une longue série. Ol'55, même si elle paraît un peu mineure aujourd'hui est un morceau agréable et gracieux. A tel point que les Eagles, que Waits ne portait pourtant pas dans son cœur, la reprendront sur On The Border, leur troisième album.

 

Malheureusement, si ce duo de morceaux ouvre plutôt bien Closing Time, ce dernier se poursuit ensuite de manière plus anodine. L'ambiance piano bar est toujours présente, donnant au disque sa couleur (bleu nuit) prédominante. Mais malheureusement les chansons s'enchainent, plaisantes, délicates et romantiques mais assez vite oubliées. Old Shoes (& Pictures Postcards) est par exemple un morceau sympathique, mais on ne peut guère en dire plus, tant il peine à être pleinement satisfaisant. Parfois la trompette fait quelques jolies incartades comme sur Midnight Lullaby ou sur Little Trip To Heaven (On The Wings Of Your Love), mais ne suffit pas vraiment à captiver l'auditeur. C'est simplement de la bonne musique d'ambiance. Même une ballade au piano appuyée par un violoncelle comme Martha, repérée et reprise par Tim Buckley sur son 8ème album Sefronia, paraît bien anodine et n'est qu'une ébauche du futur génie de Tom dans le domaine des ballades émouvantes au piano. En fait, il faut attendre Ice Cream Man, le seul blues de l'album pour être réellement surpris. C'est en effet un des seuls morceaux de Closing Time où apparaît une guitare électrique (même si on en trouve de manière plus discrète sur Virginia Avenue), et c'est aussi un des seuls à délaisser le cliché jazz hobo romantique pour un blues électrique plein d'humour et surréaliste. Très rythmé, électrique et drôle, le titre, peut-être un peu pataud, est cependant un de ceux qu'on retient le mieux de l'album. La marque de fabrique du futur Tom Waits, même si Ice Cream Man ne supporte pas la comparaison avec les titres de Rain Dogs ou de Bone Machine. L'instrumental qui donne son nom à l'album et qui le conclut est aussi mémorable, dans un registre très jazz qui fait la part belle à la trompette émouvante de Jesse Ehrlich et au piano. Closing Time. Heure de la fermeture.

Les cinq années suivantes, Waits continuera à explorer sans répit cette veine jazz romantique imprégnée de poésie beat, avec une constance et un savoir-faire impressionnants. Les bases du genre étaient déjà posées avec Closing Time, même s'il ne fera que les améliorer avec des albums comme le très jazz The Heart Of Saturday Night ou le superbe Blue Valentines. Mais cette partie de sa carrière est évidemment totalement éludée par la suite, l'après Swordfishtrombones. Est-ce pour cela que malgré ses qualité intrinsèques, Closing Time peine à réellement captiver l'auditeur? L'album est agréable, sans aucun doute. Mais nous sommes loin des chefs d'œuvres à venir (rien qu'Heart Of The Saturday Night et Blue Valentines sont supérieurs). Évidemment, c'est un premier album. On l'écoute donc avec une sympathie spéciale, surtout vu l'homme qui se livre ainsi devant nous. Mais c'est aussi parce que c'est Tom Waits que ce Closing Time paraît si mineur et est à réserver à ses fans, qui apprécieront ici la naissance d'un songwriter unique, qui sera encore meilleur après sa renaissance.

12,5/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

 

Par Moi-même - Publié dans : Blues ; Blues Rock ; Rock n' Roll
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 13:30

http://aubignynewbuzz.hautetfort.com/media/01/00/1410674797.jpg

 

Deux ans sans Printemps de Bourges. La dernière fois que j'étais allé en terres berruyères, le voyage avait été très fructueux, avec beaucoup de découvertes sur les scènes gratuites, et Iggy & The Stooges dans les concerts payants. Superbe édition 2010 qui m'avait comblé. Malheureusement, je n'étais pas en France lorsque l'édition 2011 a eu lieu. Un coup d'œil à cette programmation 2011 et je me suis dis que ce n'est pas sur les scènes payantes que j'aurai trouvé mon bonheur.

 

2012, week-end d'entre deux tours des élections. Le coup d'œil sur la programmation de cette année n'a pas été plus probant. Rien ne m'a suffisamment motivé pour aller sur les scènes payantes. Certes la soirée rock français a quelques jolis noms avec Izia, Dyonisos et Shaka Ponk, mais rien qui ne puisse réellement motiver votre humble serviteur à payer 30€. La soirée reggae/world a de sérieux arguments (un des fils Marley, Groundation, Tinariwen, Zebda...), mais ce n'est malheureusement pas trop ma came. D'ailleurs après un examen approfondi à la programmation des scènes payantes, je m'interroge. Pourquoi n'y a-t-il plus de soirée métal? Pourquoi n'y a-t-il pas/plus de soirée rock anglophone? Je comprends aisément que le Hellfest soit devenu en quelques années l'eldorado des métalleux français, mais je m'étonne quand même du choix du Printemps de ne plus programmer quelques groupes de métal sur les scènes payantes. Le genre n'est pas rentable? Vu le succès du Hellfest justement, c'est étonnant. Et tous les jeunes de la région centre n'ont pas forcément les moyens de se payer un séjour du coté de Clisson, ce qui représente une certaine somme à débourser (sans remettre nullement en cause la politique tarifaire du Hellfest qui propose énormément de groupes différents). C'est dommage. De même, j'aurai aimé quelques groupes de rock anglophone. Il y a le choix outre-manche pour nous contenter je pense. Il n'y avait aucun groupe de la classe d'Archive ou des Stooges cette année. Là encore je le déplore, surtout que la plupart des groupes croisés en off sur le festival sont des groupes de rock, preuve que le genre est bel et bien vivant.

Néanmoins, même si je n'ai pas trouvé mon compte sur les scènes payantes, le Printemps de Bourges reste une institution. Une sorte de passage obligé, avant les grands festivals de l'été, que je ne peux d'ailleurs jamais aller voir. Mais le Printemps de Bourges, comme l'indique son nom, a lieu au printemps. Avec les conditions climatiques que ça implique. La pluie, donc. Comment souvent au Printemps de Bourges. Teinte grise, atmosphère mouillée et humeur maussade pour cette année. Ce n'est la faute à personne, ainsi nous nous contenterons de pester après le climat, qui même s'il se dérègle, pourrait avoir la gentillesse de ne pas nous gâcher nos festivals de musique. Merci à lui.

 

Printemps tardif et pluvieux pour nous donc. Arrivés le vendredi après-midi sur les lieux, nous avons tourné quelques temps pour trouver quelque chose. C'est le duo folk June & Lula qui jouait sur la scène Jeunes Talent SFR qui a donc ouvert notre printemps de Bourges. Je connaissais le groupe de réputation et j'avais déjà écouté quelques morceaux studios d'elles, et je dois dire que même si je n'étais pas du tout dans l'ambiance (fatigue, temps gris, milieu d'après-midi), ce duo, accompagné ici d'une contrebasse, est charmant. Je ne suis pas forcément un grand amateur de ce genre de musique, mais il se dégage de leurs voix un charme qui opère. Il opère d'ailleurs surement mieux dans d'autres conditions. Mais même ainsi, l'alliance des voix de ces deux jeunes filles reste impressionnante et dégage un charme fou. Pour les amateurs de douceurs folk, il y a donc largement de quoi se faire plaisir.

 

A découvrir ici : link

 

Direction l'Igloo, drôle de stand dédié à des expériences artistiques un peu étranges, pour voir Piano Chat à 17h. Derrière ce drôle de nom se cache un musicien tourangeau, que j'avais déjà vu en juillet 2010 en première partie de mes amis des Paper Plane à Fondettes. A l'époque déjà, il dégageait quelque chose d'impressionnant. Deux ans plus tard et des dates autour du monde en première partie de Yann Tiersen, je voulais donc voir ce que Piano Chat était devenu. Bien m'en a pris. Car le garçon est toujours aussi impressionnant. Non. Il a même gagné en maturité. Ses prestations live sont un concept en elles-mêmes. Le garçon est en effet seul sur scène, mais dégage quand même une puissance phénoménale. Un groupe à lui seul. Usant et abusant de samples qu'il enregistre sur le moment, il empile en effet les riffs et les effets sonores au fur et à mesure de l'élaboration de ses morceaux. Les chansons se construisent sous nos yeux. Le procédé est presque toujours le même. L'enregistrement du riff en premier, qui est samplé. Puis un autre riff, ou quelques effets de guitares (avec un archet ou une baguette de batterie par exemple), samplé à nouveau. Puis les voix. Puis enfin, le morceau explose totalement avec l'enregistrement de la batterie. A ce moment, les morceaux explosent dans une furie monstrueuse. Cet homme, même seul, est capable de dégager un ouragan sonore époustouflant. Les moments plus minimaux et gracieux en début de chansons sont aussi très agréables. Quelques déflagrations quasi-punk injectent aussi de l'énergie quand le besoin s'en fait ressentir. Le concert se déroule vite, avec plaisir. Trop vite. Le seul reproche qu'on peut finalement adresser à Piano Chat, c'est que le concept même de ses prestations live, qui fait tout son charme, est aussi sa limite. En effet lorsqu'on a compris comment il joue les titres en live, on sait qu'ils vont tous suivre le même chemin riffs-effets-voix-batterie. Peut-être devrait-il justifier complètement son nom et parfois introduire d'autres instruments comme des petits claviers, ou des instruments à vents? En tout cas, sa prestation live était excellente et ce chat si agile est amené à se faire connaître un jour, c'est certain.

 

A découvrir ici : link

 

Quelques pérégrinations dans le centre de Bourges plus tard, nous sommes finalement arrivés devant un trio de quinquagénaires jouant des reprises de classic-rock (Stones, Dylan, Beatles, Them...) avec un plaisir communicatif. Rien de bien ambitieux, mais ils jouaient bien, notamment le guitariste électrique sur Fender et c'est peut-être finalement ce que nous cherchions. Du calme, de l'efficace et du plaisir simple à partager. De quoi nous faire passer une heure avec plaisir et nous mener tranquillement vers la soirée, et un très bon repas thaïlandais sur un des stands du festival. Dommage qu'on soit forcément obligé de consommer des boissons en plus de la nourriture pour s'assoir malheureusement... Vu l'état de fatigue général des troupes, nous ne nous sommes pas éternisés le soir.

Retour à Bourges le lendemain à 14h40. Malheureusement trop tard pour voir mes amis des Artramps jouer sur la scène région centre. Vu le niveau habituel de leurs prestations live ([Concert] The Artramps+Les Fouteurs de Bringue+Daoud & Kristobal Tours 07/10/11), je suppose qu'ils ont tout dynamité. J'ai aussi apparemment loupé le très bon trio de la Théorie des cordes qui jouait sur Bourges le samedi. La poisse totale. Malheureusement, nos déambulations dans Bourges ne nous ont pas amené à retrouver un groupe de ce niveau. J'ai même eu l'impression d'être à une mauvaise fête de la musique, tant la qualité générale des groupes que j'ai entendu dans divers endroits m'a laissé perplexe. Entre groupe de blues pas du tout calés, groupes de rock honnêtes mais sans plus et groupes assez expérimentaux, rien ne m'a convaincu. Le seul réconfort de cette journée décevante a été de trouver mes amis des Radiophones en concert sur la scène de la Scala. Un set classique et bien expédié, en deçà de leurs prestations habituelles ([Concert] The Paper Plane+The Radiophones Rouziers 04/02/2012) mais qui prouve que ces gens, même fatigués et en petite forme sont largement au dessus de la mêlée des autres groupes. Ils auraient mérité une autre scène, c'est évident.

 

A découvrir ici : link

 

La fin de la soirée n'a malheureusement pas été à la hauteur de ce concert. La seule éclaircie de la journée? Peut-être était-ce la fatigue, le temps, ou la programmation (ou probablement un peu des trois), mais rien ne nous a vraiment convaincu. Une deuxième journée bien maussade donc, malgré l'ambiance toujours sympa du samedi soir dans les stands. Un Printemps de Bourges décevant pour nous. En espérant que l'année prochaine, la programmation laisse plus de place à des groupes de rock anglophones, et que le temps soit meilleur.

 

Et vous, votre Printemps de Bourges?

 

Moi-même.

Par Moi-même
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 10:41

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/3/37/Aerosmith_-_Toys_in_the_Attic.jpg

 

Tracks : Toys In The Attic ; Uncle Salty ; Adam's Apple ; Walk This Way ; Big Ten Inch Record ; Sweet Emotion ; No More No More ; Round and Round ; You See Me Crying

 

En ce milieu d'années 70, la première vague du hard rock est à son apogée. S'engouffrant dans la brèche ouverte par les pionniers anglais (The Who ; Led Zeppelin ; Deep Purple), une multitude de groupes repousse chaque jour les limites du blues et du rock, pour façonner ce que l'histoire retiendra sous le nom de hard rock. 1975 est l'année de sortie d'A Night At The Opera de Queen, Led Zeppelin - Physical Graffiti (1975), Welcome To My Nightmare d'Alice Cooper, du double live Alive! de Kiss ou d'In Trance de Scorpions. La concurrence est rude et sans pitié. Et probablement personne n'aurait parié sur un groupe comme Aerosmith au milieu de tous ces mastodontes. Le groupe révélé deux ans plus tôt par un premier album portant sobrement son nom n'a en effet pas déchainé les passions, malgré la présence de futurs morceaux cultes comme Dream On ou Mama Kin. Tout au plus, on a traité ses membres comme une pale copie hard-rock des Rolling Stones, à cause du physique de Steven Tyler, proche de celui de Mick Jagger et du son du groupe très blues. Difficile donc de parier qu'au milieu de cette fastueuse année qu'est 1975 pour le hard-rock, Aerosmith allait tirer son épingle du jeu. Pourtant l'histoire du rock est pleine de hasards et de rencontres. En 1974, Aerosmith a croisé la route du producteur Jack Douglas qui leur a permis de produire efficacement leur deuxième album Get Your Wings. Mais Douglas va se révéler un apport de choix à l'heure d'enregistrer Toys In The Attic, troisième album du groupe paru en 1975. Un groupe comme Aerosmith avait besoin d'un catalyseur, quelqu'un capable de leur créer un son propre (loin de celui des Stones par exemple), tout en leur faisant faire le tri dans leurs compositions. Douglas et le groupe ont-ils réussi ce pari sur Toys In The Attic alors même qu'une multitude de chefs d'œuvres du hard sont publiés la même année?

 

Soigner l'entrée en matière. C'est probablement ce que Douglas a dû dire à Joe Perry et Steven Tyler. Message clairement entendu lorsque déboule l'étrange mais totalement jouissif morceau Toys In The Attic qui donne son nom au disque. Le riff est puissant et subtil et déboule à cent à l'heure. Commencer un disque par un morceau aussi rapide et étonnant rythmiquement est un pari osé. Le chant de Tyler est aussi particulièrement étonnant, tout en écho sur les refrains. Mais tous ces éléments mis bout à bout, associés avec un son très efficace créent un chef d'œuvre. Pari osé, mais réussi. C'est un des meilleurs morceaux de la galette d'ailleurs. Le solo de Perry vers 1min 40 est particulièrement jouissif, et le groupe semble ne vouloir faire aucun quartier. Tant mieux, on n'est pas là pour ça.

 

Pourtant la cadence ralentit légèrement avec Uncle Salty, morceau plus blues. Pourtant le groupe n'y perd que peu en intensité. Les guitares sonnent en effet ici particulièrement bien et donnent une ambiance vénéneuse et addictive au morceau, bien aidées par un Steven Tyler qui hausse le ton et nous livre ici une prestation vocale entre cris et murmures très efficace et racée.

 

Adam's Apple enfonce encore plus la veine blues qui fait tout le charme d'Aerosmith. Le riff initial de guitare sonne en effet comme un excellent blues électrique et le morceau, s'il n'est pas aussi survolté et puissant que les titres qui l'entourent, est plutôt convainquant. Surtout grâce à la production et au son assez unique du groupe (merci Jack Douglas), car malheureusement le morceau s'éternise un peu.

 

On poursuit avec ce qui doit être le morceau le plus connu du disque (et de la carrière d'Aerosmith), Walk This Way. Même si le titre est probablement plus connu par son remix rap avec Run-DMC (une des premières fusions connues entre rap et rock), cette version originale garde un charme indéniable. Son rythme chaloupé, jouissif et idiot, son riff entêtant et la prestation absolument fantastique de Steven au chant font de ce morceau un classique absolu. C'est d'ailleurs ce titre qui sortit en single et contribuât à révéler complètement le groupe en 1975, et à le faire redécouvrir dans les années 80. J'ai une petite préférence pour la version avec Run-DMC, pleine d'humour et très inventive, mais cette version originale suffit aisément à elle seule à justifier le succès d'Aerosmith.

 

Malheureusement la face A se conclut avec Big Ten Inch Record, un morceau plein d'énergie et avec un piano entrainant, mais qui est probablement le plus mauvais de l'album. C'est énergique, c'est sympathique, mais c'est assez faiblard par rapport aux autres chansons. L'idée même du piano est probablement sous exploitée d'ailleurs. Dommage.

 

Énorme classique pour reprendre la face B, avec Sweet Emotion, qui fut le premier single de l'album. C'est probablement le morceau le plus atypique de la galette (qui en compte pourtant pas mal). Son introduction très spatiale notamment surprend de prime abord, bien aidée par le son de la Talk Box de Perry. Pourtant lorsque le hard reprend ses droits et que les guitares entrent en scène, le doute n'est pas permis. C'est un nouveau coup d'éclat. Sonorités magistrales, riff impeccable et excellent solo final, doublé d'une rythmique de fer (avec l'ajout de marimbas), production qui saisit parfaitement le son du groupe, tout est réuni pour créer un nouveau classique. Dont acte.

 

No More No More poursuit avec un degré de réussite moindre. Non pas que le morceau soit mauvais, ceci-dit. Il est juste difficile de passer après Sweet Emotion. Et ce morceau où le piano fait son retour après Big Ten Inch Record est plutôt agréable et sonne bien. Le refrain est par contre peut-être un peu agaçant. Rien de génial donc, mais un titre honnête (et là encore quel son de Brad Whitford et Joe Perry!).

 

On poursuit avec le très lourd et très zeppelinien Round And Round. C'est le morceau le plus lourd du disque, porté par un riff que n'aurait pas renié Jimmy Page. Le chant même de Tyler qui semble mal mixé rappelle même un peu ce que Robert Plant pouvait proposer à la même époque. Et même si cette lourdeur n'est pas très courante chez Aerosmith (qui n'a rien à voir avec Black Sabbath par exemple), elle sied plutôt bien au groupe de Boston ici, tant l'aspect rouleau compresseur marche bien et la paire de guitaristes inspirée dans ce registre très zeppelinien.

 

Un disque de hard ne serait pas un disque de hard sans une ballade un peu lacrymale, n'est-ce pas? Et bien il a fallu attendre le dernier morceau You See Me Crying pour ça. On connait le don de Tyler pour être époustouflant dans ce registre (Dream On ; I Don't Wanna Miss A Thing...). Et bien ses feulements font ici recette. Le morceau rendu plus épique encore par l'ajout de cordes est grandiloquent et émouvant comme il se doit. Et dans le registre ballade émouvante, Perry sait lui aussi faire pleurer avec brio sa guitare... L'art de séduire les gros durs et les filles, résumé en un groupe.

 

Toys In The Attic a en effet des arguments pour séduire tout le monde. Et c'est ce qui arrivât, puisqu'il fut vraiment le disque de la révélation d'Aerosmith. Si le groupe fait désormais plus parler de lui pour ses frasques que pour sa musique, on se dit qu'à la réécoute, ce succès est mérité. Car le groupe signait pour la première fois de sa carrière un tour de force majeur. Il en signera d'autres (Rocks ; Aerosmith - Pump (1989) ; Get A Grip), mais Toys In The Attic est réellement le premier grand classique d'Aerosmith. Certes tout n'est pas parfait, comme Big Teen Inch Record ou No More No More (ou même Adam's Apple dans une moindre mesure), mais l'ensemble des morceaux est très bon, voire excellent et le groupe nous propose ici trois classiques absolus (Toys In The Attic ; Walk This Way ; Sweet Emotion et même You See Me Crying). Un album classique du rock à ajouter à cette fameuse année 1975 donc... Et le pire c'est que le groupe, plongeant toute narines en avant dans la poudre blanche avec ce succès, trouvera le moyen de frapper encore plus fort l'année suivante avec Rocks.

 

16/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.

Par Moi-même - Publié dans : Hard Rock ; Metal ; Stoner
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Présentation

  • : Rock'N'Blog
  • Rock'N'Blog
  • : musique rock metal Pop chroniques Musique
  • : Deux allumés, une même passion, une platine, des tas de disques, un blog rock... C'est sans prétention qu'on va donner ici notre avis sur les disques qui nous marquent. @Rock_N_blog Si vous voulez suivre le blog sur Facebook pour vous tenir au courant des dernières nouveautés : http://www.facebook.com/home.php?#!/pages/Rock-n-blog/203862439693573
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Créer un Blog

Liens retours référencements

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés