Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 09:39

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“We come from the land of the ice and snow/from the midnight sun where the hot springs blow”.
Led Zeppelin – Immigrant Song.

 

Jusqu'à la fin des années 80, c'est à peu près la seule trace qu'avait laissée l'Islande dans l'histoire de la musique. Néanmoins, malgré le peu de groupes parvenus jusqu'à nous, l'Islande, comme la plupart des pays nordiques, est un pays à l'univers musical très riche et varié, surtout lorsqu'on sait qu'il compte moins de 400 000 habitants. Une musique à l'image de ce pays... Aussi multiple que les paysages de l'île, à la fois glacés et volcaniques, aussi étrange et parfois aussi belle que ces lieux désolés et magnifiques. Mais pour les visiteurs, ces trésors sont bien souvent difficiles à trouver sans guide. C'est donc modestement que je vais vous essayer de vous guider dans cette scène musicale qui me fascine, courants musicaux par courants musicaux.

 

Acte I : La scène post-rock islandaise

 

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Né au début des années 90 (Talk Talk ; Slint), le post-rock a connu son apogée vers la fin de cette décennie, avec l'apparition de quelques groupes majeurs comme Godspeed You ! Black Emperor au Canada, Mogwai en Écosse, Explosions In The Sky au Texas, et Sigur Rós en Islande. Ce dernier va d'ailleurs susciter beaucoup de vocations dans son pays d'origine, créant à sa suite une véritable scène post-rock islandaise.

 

On va donc commencer par Sigur Rós qui est à mes yeux un des groupes internationaux majeurs de ces dix dernières années. Leur second album Ágætis byrjun, salué par Thom Yorke et Björk à l'époque de sa sortie est assurément un des plus grands albums de ces quinze dernières années. Il y a en général deux alternatives à Sigur Rós : soit on adore, soit on déteste parce qu'il ne se passe rien. Le son du groupe est en effet unique (guitare jouée uniquement à l'archet, voix de fausset très plaintive du chanteur Jónsi, nappes de claviers, production énorme et morceaux très longs et atmosphériques) et représente assez bien l'Islande. Si le premier album Von est probablement très dispensable, Ágætis byrjun (qui signifie un bon début), est un must absolu, à découvrir de toute urgence. Si vous aimez le voyage, le troisième album (), et Takk... devraient vous envoûter aussi, même s'ils sont un poil moins bons (surtout Takk...). Leur dernier album Með suð í eyrum við spilum endalaust change agréablement la formule, insufflant de la vie et de la fraicheur dans leur musique et s'impose comme le meilleur album du groupe pour moi après Ágætis byrjun. On attend leur sixième album pour le printemps 2012, et un live nommé Inni a été publié avec un film à l'automne 2011.

 

A écouter : Sigur Rós - Ágætis byrjun (1999) et Sigur Rós - Með suð í eyrum við spilum endalaust (2008)

 

A voir aussi : le superbe documentaire Heima, sur la tournée du groupe après l'album Takk... Le groupe fait en effet le tour de l'Islande et donne des concerts improvisés dans des lieux insolites et magnifiques du pays, devant des publics parfois très restreints et permet d'associer la musique avec les énigmatiques paysages islandais...Il est disponible ici en intégralité sur youtube : link

 

Mais Sigur Rós, ce sont aussi plusieurs autres entités tournant autour du groupe. Le leader Jónsi s'est déja échappé de son groupe deux fois. La première pour signer en 2009 un album avec son compagnon Alex Somers, leader du groupe Parachutes. L'album s'appelle  Jónsi & Alex - Riceboy Sleeps (2009) et ressemble un peu à ce que Sigur Rós peut faire mais en tirant un peu plus sur l'ambiant, en acoustique et en totalement instrumental. Un disque onirique et austère, à écouter pour les fans d'ambiant, mais qui est malheureusement moins bon que n'importe quel album de Sigur Rós. Le chanteur a aussi signé en 2010 son premier album solo intitulé Go. Beaucoup plus pop que n'importe lequel des albums précédemment cités, l'album a un charme joyeux, frais et décalé qui me plait beaucoup. Probablement pas aussi somptueux que ce qu'il fait avec son groupe, mais c'est hautement recommandable.

A écouter : Go.

 

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Sur la majorité des albums de Sigur Rós, on retrouve un quatuor de cordes pour assister le groupe. Il s'agit de quatre filles qui ensemble forment le groupe Amiina. En ajoutant un batteur et un autre musicien à ces quatre multi-instrumentistes, on obtient le groupe qui en 2007 a sorti un premier album très sympathique appelé Kurr. Le groupe a cependant frappé beaucoup plus fort avec Puzzle, leur second album paru en 2011, et qui impose le groupe à la pointe du paysage post-rock islandais. Un court petit bijou qui nous entraine dans un univers très étrange et intimiste, à découvrir d'urgence si vous aimez les morceaux gracieux et délicats.

A écouter : Puzzle (link)

 

C'est d'ailleurs en allant voir Amiina à la Faktory (un des bars à concerts de la ville) que j'ai découvert l'excellent Borko, groupe mené par Björn Kristjansson (qui fait aussi partie de FM Belfast, un groupe d'électro dont on parlera dans un prochain article). Son premier album Celebrating Life est mon coup de cœur du printemps, tant son post-rock très chanté est léché et rehaussé par l'ajout de cuivres. De très belles mélodies, un son unique et expérimental, et un premier album excellent qui lui a permis de faire les premières parties de Seabear et Múm.

 

A écouter : Celebrating Life (link)

 

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Les premières parties de Sigur Rós ont souvent permis de faire découvrir au public international des groupes ou musiciens islandais. C'est le cas notamment de For A Minor Reflection et Ólafur Arnalds. Le premier est un pur groupe de post-rock, très influencé par Mogwai et Explosions In The Sky. C'est d'ailleurs les comparaisons les plus évidentes qui viennent à l'esprit à propos de For A Minor Reflection, qui est un des groupes les plus puissants de l'ile, malgré la jeunesse de ses membres. Ici le post-rock explose et implose, contrairement à Sigur Rós ou Amiina. Clairement, For A Minor Reflection est un des groupes émergents à suivre en Islande, tant leur science du contraste entre climats doux et explosions de saturation pourra (peut?) faire concurrence à Mogwai ou Explosions In The Sky. Ils ont deux albums et un EP à leur actif, et leur premier album (et les suivants) valent largement l'écoute.

 

A écouter : Reistu þig við, sólin er komin á loft... (link)

 

On poursuit avec Ólafur Arnalds, qui a lui aussi fait les premières parties de Sigur Rós. Le rattachement d'Olafur à la scène post-rock est plutôt discutable. Sa musique est en effet plus proche de la musique classique que du post-rock électrique de For A Minor Reflection ou Sigur Rós. Mais la modernité de ses compositions, l'inclusion d'éléments électroniques dans sa musique et ses montées de cordes rapprochent plus ou moins son œuvre du post-rock du pays. Finalement, peu importent les étiquettes, tant le jeune homme fait des progrès fulgurants à chacune de ses livraisons. Si son premier album (Eulogy For Evolution) et ses premiers EPs étaient parfois un peu maladroits, le garçon extrêmement productif (4 EPs et deux albums en quatre ans, et un troisième album est en préparation) a réussi à réellement toucher la grâce avec ses dernières productions, notamment l'album « …And They Have Escaped The Weight Of Darkness » et l'EP Living Room Songs.


A écouter : Ólafur Arnalds - "...And They Have Escaped The Weight Of Darkness" (2010) et Living Room Songs (link)

 

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Ólafur Arnalds ne tarit pas d'éloges sur Rökkurro, autre formation post-rock inspirée par Portishead et Mogwai. Le groupe s'est formé en 2007, et a sorti pour le moment deux albums : Það Kólnar Í Kvöld... et Í Annan Heim en 2010. Même si le groupe est en pause pour le moment, les deux disques qu'ils nous ont laissés sont deux pépites de post-rock très douces et singulières, rappelant la musique de Sigur Rós en mettant en avant une voix féminine très douce et expressive (l'influence de Portishead). Une musique très reposante et poétique, à écouter le soir avant de s'endormir... Ólafur Arnalds et les membres de Múm saluent ce groupe comme typique du son islandais, et on ne peut que leur donner raison.

 

A écouter : Í Annan Heim (link)

 

On conclut avec un petit groupe que j'ai vu deux fois en concert en Islande, Andvari. Tirant leur nom d'un nain de la mythologie nordique (c'est aussi le titre d'une chanson de Sigur Rós sur Takk...), ce groupe, malgré son jeune âge manie à merveille les contrastes. Le chant est partagé entre une voix féminine douce (qui se charge des parties calmes), et une voix masculine qui s'occupe des parties hurlées et explosives, tirant vers le métal. Une dualité étrange entre explosions métal et climats doux qui fait tout le charme du groupe qui n'a malheureusement pas grand chose à son actif pour le moment.

A écouter ici : link

 

Bien sur la liste n'est pas exhaustive, surtout sur cette scène post-rock islandaise qui est très vivante et mouvementée. Si vous avez des commentaires à faire ou des groupes à nous faire partager, n'hésitez pas!

 

Moi-même.

 

PS : Pour écouter la musique islandaise, je ne peux que vous recommander l'excellent site Gogoyoko, très fourni en albums (tous ceux dont je parle ici y sont) en streaming et en téléchargement légal.

Par Moi-même - Publié dans : Post-Rock ; Ambient
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 14:29

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Tracks : Carry Home ; Like Calling Up Thunder ; Brother and Sister ; Run Trough The Jungle ; A Devil In The Woods ; Texas Serenade ; Watermelon Man ; Bad Indian ; John Hardy ; The Fire Of Love ; Sleeping In Blood City ; Mother Earth

 

Après une décennie marquée par l'explosion du hard-rock sur les cendres du blues (Black Sabbath ; Led Zeppelin), ce dernier revient au premier plan dans les années 80 entre les mains de quelques virtuoses texans, comme ZZ Top ou Stevie Ray Vaughan. Ces texans reprenaient les choses là où le british blues les avait laissées 10 ans plus tôt (Clapton ; John Mayall ; Les Rolling Stones). Pourtant la fin des années 70 a aussi été marquée par un autre phénomène, très différent, voire opposé à ce blues virtuose : le punk. Musique noire contre musique blanche. Musique rurale contre musique urbaine. Et pourtant, un groupe, surgi de nul part en 1981 a réussi à concilier le blues et le punk, dans une célébration païenne loin de la technicité du blues texan. The Gun Club - Fire Of Love (1981) n'est pas un disque de virtuoses. Les membres du Gun Club sont loin du feeling superbe d'un Stevie Ray Vaughan. Mais le mélange du « do it yourself » du punk, de leur amour du blues et le charisme vocal et physique de leur leader Jeffrey Lee Pierce suffisent à injecter du renouveau dans le blues en ce début d'années 80. Fire Of Love hantera longtemps l'inconscient de l'underground américain... C'est d'ailleurs fort du soutien de cet underground américain, notamment grâce aux membres de Blondie (dont Jeffrey Lee Pierce a été le président du fan club de Los Angeles), que le Gun Club retourne en studio en 1982 pour enregistrer le successeur de Fire Of Love. Avec comme producteur Chris Stein, guitariste de Blondie, et avec Debbie Harry dans les chœurs (sous le pseudonyme de D.H. Laurence Jr.), le groupe enregistre donc Miami, paru en 1982. De quoi poursuivre avec succès cette union contre nature entre blues et punk enfantée avec The Fire Of Love?

 

Le titre de cet album indique clairement la direction du voyage. Plein sud. Vers le bayou de Floride, dans cette moiteur étouffante dans laquelle le blues a vu le jour. C'est là que le groupe puise à nouveau son inspiration pour Miami. Mais là où Fire Of Love ressemblait plus à une messe noire hallucinée et hallucinogène perpétuellement sur le fil du rasoir (She's Like Heroin To Me ; Sexbeat ; Preaching The Blues...), Miami semble se diriger vers une musique plus profonde, plus lourde et probablement plus poisseuse. Comme la moiteur d'un marais... Aux cotés des spectres des bluesmen et des visions hallucinées procurées par les drogues et l'alcool, le Gun Club convoque désormais d'autres groupes, qui ont plus ou moins évoqué par le passé ce sud des États-Unis. On pense à Creedence Clearwater Revival dont le Gun Club reprend ici Run Trough The Jungle de manière extrêmement compacte et hallucinée (les hululements de Pierce). Une reprise valant bien l'originale. On pense aussi aux Doors plusieurs fois, avec un Jeffrey Lee Pierce qui assez étonnamment vu son registre vocal, s'impose comme le digne successeur de Jim Morrison sur le sublime final Mother Earth. La steel guitare, très léchée sur ce titre rappelle un peu Enio Morricone et mélangé avec la voix enfin apaisée de Pierce, elle donne un morceau qui est tout simplement époustouflant de poésie et est le meilleur du disque... Le groupe convoque aussi dans ce grand rituel païen Jody Reynolds, chanteur de rockabily qui avait écrit en 1958 The Fire Of Love, morceau qui a donné son titre au premier album du Gun Club (c'est d'ailleurs étonnant de mettre ce titre sur Miami). Le groupe conserve en partie le groove troglodytique de l'originale, tout en imposant le son de guitare si caractéristique de Ward Dotson et en enlevant le coté glamour dans le chant de Reynolds. Dans une transe punk sous mescaline, le groupe transfigure aussi totalement le morceau traditionnel John Hardy. Un titre qui convoque là encore le poids de la tradition, tout en la transformant totalement (il ressemble beaucoup à ce qu'on peut trouver sur l'album précédent).

 

Miami n'est cependant pas qu'un disque hommage à l'histoire de la musique américaine. Car parfois le Gun Club ne ressemble qu'à lui-même, et les chansons en gardent toute leur force. Difficile en effet de ne pas chavirer devant les sonorités de steel guitare absolument superbes de Texas Serenade permettant à Pierce de psalmodier et d'incanter de sa voix hallucinée... Difficile aussi de ne pas totalement être subjugué par la transe de Watermelon Man, un des meilleurs titres de l'album et qui est emmené par un violon et des congas qui donnent une atmosphère très angoissante et poisseuse à ce morceau. Un joyau noir directement issu du marais... Et comment ne pas citer le sublime titre d'ouverture Carry Home (et le morceau suivant Like Calling Up Thunder) qui est probablement un des meilleurs du groupe et qui nous marque au fer rouge dès la première écoute?

 

Parfois le groupe renoue avec ses racines punk et se contente de nous cracher un rock survitaminé et assez basique pendant 3 minutes (Bad Indian ; Sleeping In Blood City). Mais même là, le groupe garde un style inimitable qui fait que malgré la simplicité des morceaux (qui sont probablement les moins bons de l'album), on ne s'ennuie pas, notamment grâce au chant de Pierce. Idem pour A Devil In The Woods qui n'est pas exceptionnel mais parvient néanmoins à nous tenir en haleine grâce aux hululement du chanteur et à une ligne de basse très dense et efficace.

 

Pas de quoi ternir l'éclat de ce Miami donc. Après le coup de force d'un premier album dévastateur, le Gun Club s'offre en effet le luxe de faire un deuxième album différent, plus dense, mais quasiment aussi parfait que son prédécesseur. Car si je préfère de peu The Fire Of Love, Miami s'impose en effet comme un autre chef d'œuvre à mettre sur le compte de Jeffrey Lee Pierce et les siens. Entre tradition et modernité, le groupe inventait pour la deuxième fois un son unique qui allait faire des émules par la suite (White Stripes ; Nick Cave ; Black Keys). Avec une élégance et un charisme inimitable.

 

17/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.    

 

 

Par Moi-même - Publié dans : Punk ; Alternatif ; Grunge
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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 11:12

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Tracks : Get To France ; Hound Of Winter ; Drunk And Crazy ; Does This Always Happen ?

 

Indéniablement 2011 aura été l'année du grand retour au premier plan de Mogwai. Même si le groupe écossais n'avait pas vraiment quitté les devants de la scène post-rock, leurs dernières livraisons trahissaient une légère baisse d'inspiration, notamment The Hawk Is Howling, qui propose de très jolis morceaux, mais traine parfois un peu en longueur, surtout vers la fin. Pourtant le groupe, en recadrant et en condensant son propos a su se renouveler et repartir sur de très bonnes bases avec Hardcore Will Never Die, But You Will, album sorti le jour de la Saint Valentin 2011. Des retrouvailles entre un groupe et l'inspiration qui laissaient augurer du meilleur... De quoi inciter les écossais (extrêmement productifs) à ne pas laisser retomber cet élan de renouveau. C'est donc avec une certaine surprise, mais avec le plus grand ravissement qu'on a vu apparaître en septembre 2011 dans les bacs un nouvel EP du groupe (le dixième de leur carrière), 7 mois après la parution d'Hardcore Will Never Die, But You Will. Intitulé Earth Division EP, ce nouveau disque permet-il donc de poursuivre avec succès la dynamique entamée par Harcore Will Never Die, But You Will?

C'est le court (2 min 13) instrumental Get To France qui débute le voyage, en nous emmenant dans des territoires jusqu'à alors inexplorés par le groupe. Ce sont en effet le piano et les cordes qui mènent ici la rêverie, faisant plus ressembler Get To France à du Ólafur  Arnalds (Ólafur Arnalds - "...And They Have Escaped The Weight Of Darkness" (2010)), qu'à la tension habituelle du post-rock de Mogwai. Les notes de piano forment ici un cadre inquiétant dans lequel viennent se lover les cordes, dans une danse aussi lugubre que sublime. Une introduction étonnante pour un voyage qui ne le sera pas moins...

Hound Of Winter est en effet une autre (grande) surprise, tout aussi agréable. Pour la première fois depuis longtemps dans l'histoire du groupe, on retrouve en effet du chant ici, qui n'est pas du tout vocodé. On entend juste la pureté d'une voix se posant sur des arpèges de guitares, un discret harmonica et un flot de cordes absolument magnifique, semblant envelopper la mélodie comme la neige enveloppe la nature en hiver... Un pur moment de grâce, sans la tension souvent récurrente dans la musique du groupe et sans tristesse. Un simple moment de poésie absolument exquis, invoquant plus la beauté pastorale du folk que les climats élaborés habituels du post-rock, mais qui fait office de magnifique rayon de soleil au milieu de la production 2011 de Mogwai et justifie presque à lui seul l'écoute d'Earth Division EP.

Drunk And Crazy rappelle par contre nettement plus Hardcore Will Never Die, But You Will, ce qui n'est d'ailleurs pas un reproche. Pour la première fois de l'EP, on retrouve en effet ici des sonorités de guitares saturées, qui donnent une texture étrange et irréelle au morceau. Ivre et fou? La réalité semble en effet totalement déformée dans ce morceau étrange où seuls ces riffs torturés et assez noizy semblent exister. Comme un voile qui vient se poser sur notre conscience après la beauté des deux premiers titres... L'espace d'un instant (vers 2 minutes), le voile se déchire pour laisser parler des cordes magnifiques, qui accompagnent la danse d'un violoncelle et d'un piano. Une danse étrange, étonnamment solitaire et mélodramatique, qui finalement est rattrapée par ces textures de guitares saturées qui se joignent à la danse (vers 3 min 50). Un grand morceau là encore, même s'il est un peu moins poignant que les trois autres.

Le voyage se conclut (déjà) avec Does This Always Happen? Ce voyage est-il réellement arrivé? On peut se le demander, tant là encore, ce morceau mené par le violoncelle est absolument bouleversant et irréel. L'alliance entre la mélodie tissée par le violoncelle et cet arpège de guitare qui revient en boucle rend ce morceau particulièrement fantomatique et mélancolique. Les cordes apportent une solennité étrange à la chanson en créant une mélodie légèrement monotone, mais envoutante. Le morceau est peut-être un poil trop répétitif, mais on ne peut pas bouder son plaisir devant tant de beauté...

Avec ce dixième EP de leur carrière, les écossais frappent donc (encore une fois) très fort. Alors que ces quatre morceaux ont été enregistrés pendant les session d'Hardcore Will Never Die, But You Will, ils montrent en fait un tout autre visage de Mogwai. Pour la première fois dans le groupe, ce sont les cordes, le piano et la guitare acoustique qui sont mis en avant (il est d'ailleurs intéressant de noter que la batterie est absente ici). Contre toute attente, les écossais se révèlent particulièrement à l'aise dans ce registre, rivalisant aisément avec Ólafur Arnalds par exemple. Seul Drunk And Crazy semble rappeler un peu les climats inquiétants que Mogwai sait habituellement tresser. Et même si l'EP est malheureusement trop court (seulement 16 minutes, alors qu'un EP, peut en faire 30), cet Earth Division EP s'impose comme un complément idéal d'Hardcore Will Never Die, But You Will signant définitivement le retour en force de Mogwai en 2011(surtout que Earth Division EP semble rejoindre l'esprit du cd bonus présent avec Hardcore Will Never Die, qui est un long morceau mélancolique de 23 minutes). Un voyage d'une intensité rare...

15/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.    

Par Moi-même - Publié dans : Post-Rock ; Ambient
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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 17:13

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/c/c3/Off_The_Bone_The_Cramps.jpg

 

Tracks : Human Fly ; The Way I Walk ; Domino ; Surfin' Bird ; Lonesome Town ; Garbage Man ; Fever ; Drug Train ; Love Me ; I Can't Hardly Stand It ; Goo Goo Muck ; She Said ; The Crusher ; Save It ; New Kind Of Kick ; Uranium Rock ; Good Taste (Live)

 

Deux ans après la mort de Lux Interior, les Cramps sont de retour dans les bacs à disques. Pour une zombification aussi improbable que logique vu l'univers du groupe? Malheureusement, non. Il ne s'agit que d'une nouvelle compilation des premiers singles des Cramps, intitulée File Under Sacred Music. Un rapide coup d'œil aux morceaux qu'elle recoupe suffit à dissiper tout malentendu. Il ne s'agit que d'un bel objet (l'édition de lux(e) divisée en plusieurs 45 tours est magnifique), qui est quasiment inutile. Pourquoi? Parce qu'en fait, cette compilation recoupe pour une bonne partie les mêmes morceaux qu'on trouve sur une autre compilation des Cramps, sortie en 1983 et intitulée Off The Bone. Il n'y a que quelques morceaux en plus sur File Under Sacred Music par rapport à Off  The Bone (Mystery Plane ; TV Set ; The Mad Daddy ; Twist And Shout ; Rockin' Bones ; Voodoo Idol), qui se trouvent d'ailleurs tous sur les deux premiers albums du groupe (Songs The Lord Taught Us et Psychedelic Jungle). Si les morceaux rajoutés sont bons, ils sont moins percutants que ceux se trouvant déjà sur Off The Bone. En ce début d'années 80, les Cramps sont d'ailleurs dans une situation paradoxale. Ils viennent de graver en l'espace de deux ans (1979 - 1981) un EP et deux albums totalement fondamentaux, qui hanteront longtemps l'underground américain et jetteront les bases du psychobilly, avec les anglais des Meteors. Mais suite à un imbroglio juridique sur la répartition des royalties avec leur manager, les Cramps ne purent rien publier jusqu'en 1983, ce qui entraina le départ de leur guitariste Kid Congo Powers, s'en retournant vers son premier groupe, le Gun Club (The Gun Club - Fire Of Love (1981)). L'affaire ne fut réglée qu'en 1983, où Lux Interior et Poison Ivy purent enfin publier du nouveau matériel, en commençant par un live (Smell Of Female) et cette compilation Off The Bone, dont la pochette vinyle était en 3D. Mais 30 ans après les faits, que valent donc ces morceaux qui se trouvent à la fois sur Off The Bone et File Under Sacred Music?

D'habitude, je délaisse assez volontiers les compilations, préférant de loin les albums. Pourquoi faire donc une exception pour les Cramps? Parce que Lux Interior et Poison Ivy étaient tous les deux des fanatiques du 45 tours. Des vrais fanatiques, un peu dingues, si on croit leurs interviews. Un amour des singles qui se ressent dans les premiers travaux des Cramps, tant ils ont su en quelques années graver d'immenses classiques, qu'Off The Bone compile pour notre plus grand plaisir. Il n'y a là que la substantifique moelle des Cramps taillée au plus près de l'os. Pas de graisse, pas de surplus. Rien d'autre que de l'os et du nerf, notamment les premières chansons du groupe enregistrées l'hiver 77 sous la houlette d'Alex Chilton (Box Tops ; Big Star), où le groove caverneux du groupe se mélange au son de tronçonneuses des guitares de Poison Ivy et Brian Gregory. Ce sont les 5 morceaux issus de ces sessions (immortalisées par le premier disque du groupe, l'EP Gravest Hits), qui ouvrent les hostilités. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que d'entrée de jeu, les Cramps frappaient fort, très fort. Au-delà de toutes comparaisons possible d'ailleurs. C'est Human Fly, et son rythme syncopé et profond obsédant qui ouvre la marche, étrange, et à nulle autre pareille... Le meilleur morceau des Cramps? Possible, tant en 2min15 le mélange de film d'horreur de série B et la transe rock n'roll crée un univers unique... Tout comme la stridence folle de la longue Surfin' Bird reprise chez les Trashmen, qui donne chez les Cramps un morceau épileptique et agressif, qui semble plus sortir d'un asile que d'un disque... Et pourtant le groupe sait se faire étonnamment doux comme le montre le tendre et éthéré Lonesome Town qui trahit ses influences rock n'roll qui semblent venues d'Elvis... Mais les guitares gardent tout de même un son particulièrement unique, et Lux semble chanter depuis la cave, donnant un aspect brumeux et irréel au morceau.

La suite propose les deux meilleurs morceaux du premier album du groupe (Songs The Lord Taught Us), Garbage Man qui parle des aventures d'un éboueur et Fever à la ligne de basse entêtante et poisseuse qui invoque les esprits vaudous comme seul le Gun Club savait le faire à l'époque... Et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si on retrouve dès le deuxième album des Cramps, le guitariste Kid Congo Powers, membre fondateur... Du Gun Club. Ce monde (d'aliénés) est petit. On retrouve donc ce guitariste sur la deuxième face d'Off The Bone qui propose deux des meilleurs morceaux de Psychedelic Jungle (Goo Goo Muck et The Crusher), qui sont absolument splendides et indispensables. Goo Goo Muck est particulièrement étrange avec ce chant qui évoque un insecte fou et ces cris bestiaux qui évoquent une jungle (psychédélique?), tandis que la guitare semble découper le tout sans se préoccuper de ce qui est tranché... The Crusher va encore plus loin puisque Lux y hurler littéralement comme un loup garou, ce qui est à la fois drôle, mais aussi particulièrement impressionnant. Un morceau venu là encore d'ailleurs, pour notre plus grand plaisir...

Mais l'intérêt d'Off The Bone ne se limite pas qu'à nous proposer le meilleur des deux premiers albums et du premier EP du groupe. On retrouve en effet une poignée de morceaux qui ne se trouvent sur aucun album des Cramps (Drug Train ; Love Me ; I Can't Hardly Stand It ; She Said ; Save It ; New Kind Of Kick ; Uranium Rock ; Good Taste (Live)), et qui sont aussi farouches, bestiaux et jouissifs que ceux de la première face. Ces morceaux, introuvables ailleurs que sur des compilations n'ont pas à rougir de ceux provenant des albums du groupe. Ils possèdent ce charme vénéneux, mélangeant horreur, folie plus ou moins furieuse et luxure, qui donne toute la magie (noire) des Cramps et sont rigoureusement indispensables, particulièrement Love Me ; She Said et New Kind Of Kick. A eux seuls, ils justifient l'écoute de cet Off The Bone. Et puisqu'ils sont couplés avec les meilleurs premiers morceaux du groupe, cette compilation est donc rigoureusement indispensable. File Under Sacred Music aussi d'ailleurs, si vous ne possédez pas Off The Bone. Mais que ce soit pour découvrir l'œuvre monstrueuse (dans tous les sens du terme) des Cramps ou pour savourer des morceaux que vous ne trouverez pas ailleurs, déterrez avec jubilation cet Off The Bone, qui bien que n'étant qu'une petite partie de l'œuvre des Cramps, vous livrera l'essentiel. De l'os, oui, mais il y a de quoi ronger.

18/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 

Moi-même. 

PS : File Under Scared Music, au vu des morceaux proposés permet aussi de rentrer avec autant (voire plus vu qu'il y a plus de morceaux) dans l'œuvre du groupe. Par contre à part pour les collectionneurs, je vous déconseille la compilation Bad Music For Bad People de 1984 qui recoupe moins de morceaux, et qui sont tous présents sur Off The Bone et File Under Sacred Music. A part l'amusante pochette, ça ressemble à de la pure exploitation commerciale, surtout un an après Off The Bone. 

Par Moi-même - Publié dans : Blues ; Blues Rock ; Rock n' Roll
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 22:59

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/7/71/METRONOMY_THE_ENGLISH_RIVIERA_ALBUMCOVER.jpg

 

Tracks : The English Riviera ; We Broke Free ; Everything Goes My Way ; The Look ; She Wants ; Trouble ; The Bay ; Loving Arm ; Corinne ; Some Written ; Love Underlined

 

Fondé en 1999 par son -toujours- leader Joseph Mount, Oscar Cash et Gabriel Stebbing. Metronomy a passé la fin des années 2000 à construire son propre succès. Deux albums (Pip Paine (Pay The £5000 You Owe) en 2006 et Nights Out en 2008), une flopée de remix (U2 ; Franz Ferdinand ; Goldfrapp ; Gorillaz...) et quelques EPs plus tard, le groupe commence à se tailler une solide réputation parmi les amateurs d'électro. La hype déclenchée par le renouveau électro-pop mené par MGMT n'y est d'ailleurs peut-être pas totalement étrangère. Pourtant alors que le groupe semble gagner de plus en plus d'audience, Gabriel Stebbing décide de quitter le navire, pour se consacrer à son groupe Your Twenties. Peu importe pour Joseph Mount qui engage deux autres musiciens (Anna Prior et Gbenga Adelekan) et retourne dans son Devon natal pour écrire le successeur de Nights Out. En résulte un troisième disque à la pochette épurée et au titre énigmatique, The English Riviera. Cette pochette semble évoquer la côte californienne, ou la Cote d'Azur, à des lieux du Devon... Comme une invitation à partir vers un ailleurs forcément meilleur. Est-ce le signe d'un nouveau voyage entamé par Metronomy vers les terres du succès avec la sortie de The English Riviera en avril 2011?

Quiconque lit un peu la presse musicale française ou étrangère a dû se rendre compte du succès absolument foudroyant de ce disque, littéralement encensé par les critiques. On appelle ça une consécration. En France ce sont surtout les Inrocks qui ont salué ce disque comme un des meilleurs de 2011, devant leurs autres chouchous de WU LYF. Et autant je comprends l'intérêt autour de WU LYF, autant je ne comprends vraiment pas la ferveur qu'il y a autour de cet album de Metronomy...

J'ai pourtant essayé plusieurs fois durant l'année 2011 de comprendre cet album, que certains ont appelé le disque de l'été 2011 (depuis quand est-ce un gage de qualité?). J'essaye encore au moment où j'écris ces lignes, car vraiment le phénomène The English Riviera m'échappe. Non pas que le disque soit désagréable en fait. Il renvoie en effet aux grandes heures de la pop décontractée californienne, m'évoquant parfois Rumours de Fleetwood Mac ou toute la pop synthétique des années 80... Mais je ne sais, cette ambiance me laisse totalement perplexe. Est-ce parce qu'il n'y a pas ou très peu de guitare? Très peu de section rythmique? Des mélodies répétitives (j'en veux pour preuve l'exemple du single cartonneur The Look qui tourne vraiment en rond dans sa dernière moitié)? Est-ce à cause du minimalisme des mélodies à mon oreille? Probablement un peu de tout ça.

Je ne suis pas en effet un grand adepte de ce genre d'ambiance détendue et joyeuse qu'on retrouve tout au long de The English Riviera. Ce n'est probablement pas mon approche de la musique. Je ne suis pas non plus un grand amateur d'électro-pop (je ne suis pas un immense fan de MGMT par exemple). Pourtant l'ouverture The English Riviera/We Broke Free m'emballe toujours, c'est efficace, rythmé et bien produit. La production, très minimale lance bien l'album. Mais rapidement je tombe dans l'ennui et même un single comme The Look est sympa au début, mais tourne très vite en rond, et ce n'est pas le solo de synthé qui fait le pont vers 3minutes qui le sauve pour moi... Je préfère à la limite The Bay, porté par une ligne de basse vraiment sympa, même s'il faut malheureusement (pour moi) aimer l'électro-pop façon années 80... Pour en finir avec les singles, je passe par contre volontiers sur l'insipide She Wants (très répétitive là encore). Une petite mention spéciale à l'horripilante Corinne, qui me fait toujours rire tant je la trouve ridicule.

Je suis cependant conscient que c'est probablement moi qui n'ai rien compris à The English Riviera, tant il a été encensé partout. J'aurai essayé... Plusieurs fois. Sans succès. On verra dans dix ans ce que l'histoire aura retenu de ce disque (à prendre un album encensé par la presse cette année je parie plus sur WU LYF ou Bon Iver personnellement), mais en tout cas je passe mon tour pour Metronomy...

06/20 (NB : La note exprime juste le plaisir que j’ai ressenti personnellement à l’écoute, non pas une note de la technique musicale, ou même de la valeur réelle de l’album en général. Elle permet juste d’indiquer mon échelle de plaisir ressenti ici.)
 
Moi-même.   

Par Moi-même - Publié dans : Pop
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